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Vendredi 5 janvier 1968, je pousse mon premier cri, très tôt le matin. Claude François caracole à la tête des hits avec "Comme d'habitude", les Beatles "Hello Goodbye" alors que Sheila chante "Dans une heure".
Bébé quasi-normal il m'a fallu quelques mois avant d'émettre quelques cheveux et plusieurs années avant de trouver la parole. Bien que né en France, mon couffin est sans cesse baladé entre la France et l'Italie. (comment voulez-vous ensuite être stable). Bref, le petit écran, alors en noir et blanc, m'envoie des premières images que je réceptionne assez vite. Si la parole me faisait défaut, la vue était parfaite et mes souvenirs sont visuels.
Je suis aussitôt transporté dans la jungle avec Daktari. 89 épisodes diffusés dès août 1969 sur la première chaîne de télévision.
Inutile de me parler de Kiri le Clown, Saturnin ou alors la maison de Toutou, je suis trop jeune. Quand aux animaux Poly, Belle, je n'aime pas les séries animalières. Une chance pour moi en ce début 70's, ces séries-là semblent abandonner au profit de marionnettes de tous poils. Colargol, Aglaé et Sidonie (les seuls animaux que je supporte), Minizup et Matouvu. Plus qu'un spectacle, très vite je m'intéresse à l'envers du décors, ou comment fait-on naître toute cette comédie. C'est ainsi que je commence à différencier les différentes techniques de manipulations de marionnettes, les différents jeux de scène, le spectacle et son utilité dans nos vies quotidiennes. Conscient que la vie ne tient qu'à ce fil, c'est avec soulagement que le théâtre, quelques années plus tard, me révèle plus vrai que nature, même si je suis plus doué pour de l'impro qu'un texte à connaître par coeur.
Agé alors de 4 ans, je suis fasciné par une série télévisée "Animal parade". Les quatres héros sont à la fois les musiciens d'un orchestre et l'incarnation, sous forme d'animaux, d'emplois traditionnels du cirque. 26 épisodes de 5 minutes sont proposés dès février 1972.
Jason, Filock, Toupin et Kourou sont les personnages. Jason est un pélican, Kourou est un kangourou, Toupin est un panda, et Filock un phoque. Ces 4 personnages évoluent dans un loft. Très peu de personnes, pour ainsi dire personne ne se souvient de cette série. Durant des années entières j'interroge les jeunes de ma génération. Absolument aucun souvenirs jusqu'à la parution du livre "De Nounours à Casimir" par Agnés Moreau aux Editions Massin en 1997. Une double page est consacré à mes héros.
Côté musique j'ai de la chance. Un équipement Hi-Fi dernier cri que je manipule avec quelquefois de la casse, c'est vrai. Les premières frayeurs de la vie et les premiers soutiens des bras de la nounou dans lesquels je me réfugie avant l'arrivée des parents.
Pas rancunier, je coule sous les disques 45 tours de l'époque. Certes, avec un certains décalage. Une fois par mois, je suis amené chez un monsieur qui me propose des disques sans pochettes (ou alors troué en leur milieu). Ce sont des disques usagés, ayant servi aux Juke Box. Mais qu'importe, le plaisir est là.
1972 mes premiers disques : "Pour la fin du monde" Gérard Palaprat, "Elle, je ne veux qu'elle" Ringo Willy Cat, "Kiss me" C. Jérôme, "Laisse aller la musique" Stone et Charden.
Mes premiers souvenirs musicaux sont aussi orientés vers l'Italie. Pays où je passe la totalité de mes vacances jusqu'à l'adolescence. C'est ainsi que mes premières années sont bercées par Massimo Ranieri, Raffaella Carrà, Drupi, Alan Sorrenti, Loretta Goggi, Loredana Berté (que j'adore comme certains artistes décalés) et Spagna que je n'ai jamais quitté et dont la carrière ne s'arrête pas "Easy Lady".
Je me souviens de mon tout premier tourne-disque. Beige et rouge. Je me souviens aussi de verres à poids multicolores que l'on trouvait -pour moi- seulement en Italie. (Il a fallu ensuite m'expliquer pourquoi on trouvait quasiment les mêmes en France). Je me souviens aussi de ce premier appartement au dernier étage (mon goût pour les derniers étages vient peut-être de là) avant de déménager en 1974 dans une maison dont je me réserve la chambre du milieu, la plus petite d'ailleurs. Aujourd'hui je retrouve dans mes armoires, mes vieux livres, cahiers, mes premiers "Ciao 2001 et autres "Stampa". Quand aux disques, j'ai tout ramené en France.
Côté petit écran, les Brigades du Tigre font leur apparition en cette fin 74 alors que je fonce tête baissé sur mes 7 années. 6 séries de 6 épisodes diffusées sur Antenne 2 (dont j'adorais le logo) de 1974 à 1983. Série que je ne ratais sous aucun prétexte même si je ne comprenais pas tout. L'espace de 52 minutes (c'était la durée d'un épisode) on plongeait dans l'histoire. Mais il fallait revenir à la réalité et sans problème j'acceptais l'invitation de Casimir dans son Ile aux enfants dès 1974 sur la troisième chaîne. De 1974 à 1982, pas moins de 1 200 émissions... même si j'avoue avoir décroché vers la fin.
Janvier 1975 une série américaine de 103 épisodes diffusée sur Antenne 2 puis sur TF1, "L'Homme qui valait trois milliards" ("The six million Dollar man"). Diffusée de 1974 à 1977 la série culte de science-fiction: "Cosmos 1999" (Space:1999). Pourquoi si jeune, et (déjà) si peu d'intérêt pour l'ordinaire, le quotidien, le terrestre.
C'est durant le Noël 1975 que se produit le plus grand choc. Les singes !!! "La planète des singes" ("Planet of the Apes") venait de débarquer sur Antenne 2 pour 14 épisodes de 48 minutes. 14 formats télé, à ne pas confondre avec les 5 films tournés de 1968 à 1973 alors que je cherchais mes mots.
Devant le succès de l'homme qui valait trois milliards, Antenne 2 propose "Super Jaimie" ("The Bionic Woman") dès septembre 1976 dans une série de 58 épisodes de 47 minutes. Alors que j'étais en pleine possession de mes moyens, trouver d'autres sens était parfait. Je n'ai jamais été aussi rapide, ni sauté aussi haut que durant cette période. Mais il fallait que je me calme et c'est bien calé dans mon fauteuil velours marron (qui a terminé chez un oncle) que je dégustais "Les visiteurs du mercredi" avec Soizic Corne, Jacques Trémolin, Patrick Sabatier, Brock et Chnok et bien sûr Sibor et Bora. C'est aussi l'occasion d'un clin d'oeil aux visiteurs de Noël.
1975, Ten CC est l'un de mes titres préférés encore aujourd'hui "I'm not in Love".
Côté musique "Ritchie Family" envahie les ondes et mon coeur "The Best disco in Town", "Américan génération". "Gigi l'amoroso" un 45 tours que je pique à mes parents; je ne comprends pas que l'on puisse faire une pochette si moche (visage de Dalida en gros plan, de surcroîts en noir et blanc). Je ne comprenais pas la longueur du titre de 7 minutes 30 ! Mais la chanson était superbe et elle le reste.
1976 : 1,2,3, Thunderbirds are go ! 32 épisodes de 50 minutes diffusés sur Antenne 2. Diffusé en France sous le nom de "Lady Pénélope" ou "Les sentinelles de l'air", la série durant 2 saisons enchante nos rêves.
Une marionnette d'un tout autre genre, Sheila, qui en 1977 envahit les ondes avec "Singin' in the rain". Je mettrai longtemps à comprendre pourquoi "Part 2" en face B.
30 janvier 1977, Jacques Martin nous souhaite un bon dimanche et nous présente le Muppet Show sur Antenne 2.
8 janvier 1978, trois drôles de dames qui avaient décidé de s'engager dans la police font leur apparition dans un épisode pilote sur Antenne 2. Les "Drôles de Dames" ("Charlies' Angels") font ainsi leur arrivée pour 109 épisodes de 44 minutes et 5 saisons.
"I can't stand the rain" d'Eruption et toute la variété internationale traverse les Alpes et atterrit aussi en Italie, ainsi que "Let's groove", "How deep is your love", "It's a heartache", mais aussi Christopher Cross "Sailing". De Christopher Cross j'aime pratiquement tout. Le point positif de vivre en Italie est l'industrie du disque beaucoup plus active qu'en France. On peut comparer cette industrie avec l'angleterre; pour un disque sorti en France, trois sortaient en Italie. C'est avec impatience que j'attendais le dimanche matin, jour du marché, un disquaire venait s'installer en face la maison.
Juin 1978, Dorothée et Récré A2 font leur apparition sur le petit écran accompagné de Goldorak.
Les 70's s'achèvent. Le petit écran s'apprête à vivre de grand bouleversement. Au revoir les Système 2, Ring Parade, Top Club, Les rendez-vous du dimanche...
Noël 1980 un superbe cadeau: Un autobus à impérial. Diffusée une première fois en 1972 sur la première chaîne, j'ai du louper cette première livraison. Je me rattrape donc en ce début de décennie. Série anglo-américaine de 17 épisodes de 20 minutes dont plusieurs inédits en France.
Octobre 1981 Ulysse 31 série Franco-japonaise entre en galaxie avec Nono le petit robot, Thémis, Télémaque en vive concurrence avec Goldorak, Albator et Capitaine Flam.
Côté lecture, je découvre les premiers récits de Jean-Claude Bourret sur les OVNI. Comment est-ce possible ? Et si c'était vrai ? Depuis l'idée est toujours là; tout comme ma passion pour la lecture. Je ne peux pas rester un jour sans lire.
"Cambodia" envahit les ondes, "Don't go". Côté français "Chacun fait c' qui lui plaît" et je découvre la première cassette-single. "Henri porte des Lilas" et bien d'autres titres français, le développement de la variété anglaise "Don't go", "Avalon", "Billie Jean" tous portés part des clips qui permettent de passer aux choses sérieuses. Le Top 50 fait ainsi son entrée ainsi que mon premier magnétoscope. Pour moi, c'est l'époque de mes premières vacances en France du côté de Montpellier. La F.M. envahit les postes de Radio. Nous sommes en 1984. "Toute première fois", "Self control", "Original sin", "Happy children"...
On retrouve ce petit monde dès la rentrée avec les nombreuses émissions de variétés alors en plein boum. Cadence 3, Champs-Elysées qui officie depuis 1982, puis Collaricocoboy (ex coco-boy et Collaroshow) où nos amis chanteurs se prêtent à des rôles plus ou moins gras.
HIP-HOP avec Sydney, 22 v'là le rock, Jack Spot, Boulevards des clips, ponctuent cette première moitié de décennie.
Côté presse, Best, Rock and folk puis Graffiti qui, en plus de bonnes interviews proposait en fin de journal des petites annonces pour des échanges, ventes... Je n'ai jamais acheté TOP 50 le magazine, ni Numéro 1 et autres OK magazine que je trouvais soit trop commercial soit trop "Minets". La presse prenait une direction commerciale que je n'aimais pas. J'ai vite regretté le "Hit" et autre "Ciao 2001" que l'on trouvait respectivement fin 70's et de l'autre côté des alpes.
Hiver 1985, les français semblent bouger au niveau des clips. Je découvre le chef d'oeuvre de 7'07 de Mylène Farmer, le clip de "Plus grandir". Je suis certain du choix de cette fille et de ses clips. La critique ne suit pas.
"C'est encore mieux l'après-midi" fait les beaux jours d'Antenne 2 et de Christophe Dechavanne. L'émission commence aux alentours de 16h30. Jamais une sortie d'école n'aura été à ce point attendue.
1986 les chaînes musicales apparaissent. La musique ne se vend plus sur vinyle mais sur Compact Disque.
1988, on ne vend plus de musique mais du bruit. La house envahit la planète musique. Certains artistes propulsés au Top commencent à ralentir. On commence à entendre le terme has been. Pour assurer un certain niveau populaire, les premiers Mégamix commencent à surgir dans les bacs. Claude François, Earth wind and fire, Ottawan, Bananarama, Imagination.
1990, je suis appelé sous les drapeaux. 22 ans, certes, certains trouvent cela vieux pour aller parader. J'avais besoin de terminer des "trucs", ou peut-être de terminer les 80's complètement.
Après 6 semaines de classes à Salon de Provence dans les Bouches du Rhône à quelques kilomètres de chez moi, je me fais expédier par Corail sur la base aérienne de Vélizy-Villacoublay dans les Yvelines alors que Vanessa, oiseau de Paradis termine de se balancer pour les besoins d'une pub Chanel, dans un hangar désafecté de la base.
Les années nostalgies commencent à s'agiter. Les émissions et premières compilations pointent le bout de leur nez. Une majorité de stars des années 80 connaissent des années difficiles où la seule façon de rester à la surface de l'Iceberg et de renier le présent et adapter chaque apparition télévisée au répertoire de la TV-Nostalgie.
L'histoire ne fait que commencer...
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