Blog de Patrick Roulph
 
Interviews par Patrick Roulph
 
Forum 80's Records

1970 - Etats-Unis. Le mouvement de libération de la femme donne aux femmes une liberté nouvelle, une indépendance tant au niveau social qu’humain et culturel. Une influence majeure sur la musique populaire avec laquelle il faudra désormais composer.

Les récents événements de Stonewall, où un bar gay situé sur Christopher Street, au coeur du Greenwich Village servi de théâtre à différentes descentes de police musclées (les faits s’étalèrent sur plusieurs nuits), ont donné au mouvement gay une identité nouvelle où force, extravagance et indépendance définissent de nouveaux lieux et styles musicaux. C’est en hommage aux émeutes de Stonewall que la marche des fiertés, plus communément appelée “Gay Pride” a lieu dès le mois de juin en France et en Europe.

Après une décennie 60 sérieuse, contestataire et politique et une guerre du Vietnam sans merci pour le peuple américain, l’Amérique a envie de s’amuser socialement et musicalement; certains artistes installés en feront les frais. L’heure est aux sorties et à la fête. De plus en plus de “Clubs” s’ouvrent dans le New York Underground.

1975 le night-clubbing New Yorkais est en pleine révolution musicale. Les Disc-Jockeys pour faire durer le plaisir n’hésitent pas à enchaîner l’un à la suite de l’autre deux 45-tours identiques à l’aide de deux platines, assurant une ambiance crescendo (la plupart du temps ce sont des disques de funk et de soûl) jusqu’au jour où l’un d’entre eux décide de travailler les différentes pistes sur des longueurs de plus en plus importantes. La notion de “versions longues” pointe le bout de son nez. Le succès est immédiat. Alors que les salles de concerts accueillent les groupes de rock, les discothèques accueillent le public désirant s’amuser et danser.

Le Disco est donc une musique entièrement créée pour les clubs et non pour les radios. D.I.S.C.O. pour “musique de discothèque”, cinq lettres magiques semblant sortir tout droit d’une pochette magique.

Pourtant ce n’est pas en cette fin de décennie que l’on doit trouver les racines du Disco mais au début des années 70.

1970 la musique “soûl” est reine. Stevie Wonder, Barry White aux commandes. D’un autre côté les artistes de la Motown annoncent la couleur sur une musique créée sur une ligne de basse mélodique et des orchestrations sur un son plus martelé. La famille Jackson pose ses premières armes. Philadelphie devient la Mecque de la musique noire basée sur le rythm’n’blues souvent instrumentale. On voit alors apparaître des artistes comme les Three degress ou les MFSB. Dès 1972 Donna Hightower trace la voie suivie de Donna summer et Gloria Gaynor.

C’est cette dernière qui dès 1975 active le mouvement avec la reprise “Never can say goodbye”. Pour la petite histoire, l’album 33-tours “Never can say goodbye” est révolutionnaire car toutes les chansons “s’enchaînent” sur toute la face du disque suite au coup de génie de Tom Moulton qui décide pour la première fois, dans le monde du disque, de créer un Medley de titres enchaînés.

C’est une révolution. D’ailleurs le nom de Tom Moulton est une révolution à lui seul. Ancien directeur publicitaire de United Artists, célèbre firme cinématographique, Tom Moulton est considéré comme le premier remixeur aux Etats-Unis.


Le Disco dans le monde

Si le Disco semble venir directement du nord des Etats-Unis avec le rhythm’n’blues, l’Europe et plus particulièrement l’Allemagne, l’Italie et la France reprennent à leur compte le poum poum tchac du Disco comme l’avait fait la Grande-Bretagne pour le rock’n’roll dans les années 60. L’Angleterre semble être à part dans l’histoire du Disco malgré le travail de Ken Scott. A cette époque, l’Ile Britannique commence sa période punk. C’est en Allemagne que le Disco connaît sa plus forte activité. Aux commandes Giorgio Moroder jeune homme d’origine italienne installé à Munich dès la fin des années 60 est et restera le musicien, compositeur et producteur phare de la période Disco. Son association avec Peter Bellotte confirme son talent. Après de discrets succès qui ne dépassent pas la frontière Allemande, Giorgio Moroder produit et co-écrit “Love to love you baby” propulsé par une Donna Summer, plus sexy et envoûtante que jamais. Lancé en février 1976 ce titre est reconnu comme l’un des premiers Maxi 45-tours, phénomène encore nouveau à cette époque. Le Maxi 45-tours est un disque vinyle de 30 cm contenant sur sa seule face A une seule et unique chanson mais “rallongée”. “Love to love you baby” est ici proposé dans une version de 17 minutes. Un record rarement égalé à l’époque.

Enfin l’Italie avec quelques productions mais il faudra attendre les années 80 pour voir débarquer l’Italo Disco... Mais là c’est une autre histoire.


12” extended

Les premiers Maxi 45-tours voient le jour durant l’été 1975. Tirés entre 50 et 300 exemplaires, les labels américains vont très vite se rendre compte du potentiel commercial du nouveau support. Ce n’est qu’en 1976 que le Maxi 45- tours devient disponible dans le commerce. En France quelques disquaires spécialisés tentent de faire venir des Etats-Unis de rares pièces. Le succès est rapide. Les premiers disques “imports” voient ainsi le jour. Il n’est pas rare aujourd’hui de trouver dans les disques de collections et autres pièces de brocante et trocs des disques avec l’autocollant “Import”.

En France, un certain Marc Cerrone fait presser ces disques en Angleterre puis les achemines ensuite en France à coup de pochettes anonymes et très souvent “dénudées”. Import et succès assurés !

Autre Diva de l’époque, l’égérie de Salvatore Dali: Amanda Lear. Avec “Follow me” elle nous invite à la suivre jusqu’à la soirée d’inauguration du futur temple des nuits parisiennes: “Le Palace”. Nous sommes en 1977, Amanda Lear se produit devant 5 000 personnes. Disco US et producteurs français semblent en parfait accord puisque deux français Jacques Morali et Henri Belolo créent en 1977 les Village People et le succès que l’on connaît tous. De son côté, Sylvester toutes strass et paillettes dehors clame haut et fort “You make me feel” a qui veut le voir et l’entendre.

Le Disco est un succès sans précédent. Aux Etats-Unis, de nombreuses communautés organisent leurs spectacles dans leurs quartiers, dans leurs rues. Les tarifs mais surtout l’accès à certains établissements leur étant difficile.

Si pour Giorgio Moroder et Cerrone la création est de mise certains emboîtent le pas. C’est le temps des reconversions, une preuve bien vivante que le Disco est un phénomène important.

Aux Etats-Unis de nombreux d’artistes profitent de la vague Disco pour s’adapter et surfer dans les charts. Les Bee Gees avec le carton de “Saturday night fever”, la chanteuse noire Thelma Houston avec “Don’t leave me this way” et le groupe Kool and the Gang à l’origine un groupe Jazz du milieu des années 60 !


French Disco

Les producteurs français flairent le bon filon Disco. Aussitôt nos vedettes nationales n’hésitent pas à se lancer. Dalida nous propose dès 1976 “J’attendrai” (un titre de 1937 à l'origine interprété par Rina Ketty) avant d’enchaîner avec “Génération 78” puis “Problemorama” en 1979. Autres victimes, Sylvie Vartan, Claude François, sans oublier notre Sheila nationale qui nous propose en 1977 (alors qu’elle termine la promo de “L’arche de noé”) le tube par excellence mais le tube-anonyme- “Love me Baby”. (Le Disco serait-il interdit aux petites filles de français moyen ?). Sacha Distel quant à lui, nous parle de “Vénus” (titre des Shoking Blue) et nous la présente lors de la promo TV. Le titre sera même pressé en 1978 en Maxi 45-tours avec version française et version anglaise. Enfin notre petite française Karen Chéryl, qui après deux années à chanter en français, nous propose dès 1978 “Sing to me mama”, premier titre “à mi-chemin entre variété et disco” -dixit l’artiste- avant une série d’albums U.S.

Le 16 décembre 1977, soit une semaine avant Noël, le film “Saturday night fever” est lancé sur les écrans de cinéma aux Etats-Unis. La France devra patienter jusqu’au 5 janvier 1978 pour connaître la fièvre. Le film connait un succès mondial. Le Disco envahit alors le monde entier.

Nous sommes en 1978 et le disco est partout. Dans les clubs, à la radio, sur les platines. Tout le monde essaie de faire du Disco. Beaucoup d’artiste “kleenex” sont créés en se dandinant sur des mélodies de plus en plus courtes, les maisons de disques produisent des disques de plus en plus bâclés. Le Disco commence à lasser.

Après la fièvre du samedi soir, c’est la fièvre du merchandising. T. Shirts, briquets, trousses, stylos, cahiers... Les adolescents qui ne peuvent se rendre dans les clubs et discothèques sont les cibles vivantes de toute cette industrie.


La fin du Disco

Le Disco ainsi surexposé arrive à saturation, la masse populaire a besoin de changement. Taper sur le disco est devenu à la mode. Si le disco est le premier genre musical à avoir pu rassembler toutes les nationalités, races, milieux sociaux et personnes de tout âges, le disco véhicule une mauvaise image: drogue, alcool, vie nocturne débridée, pour l’américain moyen de l’époque le Disco contient trop de choses en même temps. L’Américain a peur et veut protéger ses enfants.

Chicago, 1979. Dix mille personnes assistent à un match de Base-Ball. En réalité, ce sont dix mille personnes qui sont venus casser en public leurs disques vinyles. Le Disco Démolition Derby se déroule dans la violence, une émeute aux couleurs de racisme (une grande partie des interprètes Disco étant black) et d’homophobie.

Cette triste fin correspond avec le début de la décennie 80 et certainement l’envie de quelques choses de nouveau. Le déclin du Disco amorcé, la musique de danse semble alors s’orienter sur de nouvelles rythmiques et s’appellent désormais “Hip Hop” ou “Break dance”.

En France, ce sont deux marionnettes Rocky et Vandella qui ont la lourde tâche de nous annoncer en chanson la fin des paillettes avec le 45-tours “Dès que t’as dit disco t’as tout dit”. Nous sommes en 1979.

2006 fêté les 30 ans du Disco. L’occasion pour les maisons de disques d’estampiller un grand nombre de compilations des cinq lettres dorées. D.I.S.C.O.

Si le marché français reste égal à lui-même, une fois encore les disques imports offrent de véritables joyaux.

Les puristes s’en donnent à coeur joie. Un import offre souvent une pochette, un mix et un visuel exclusif au pays d’exploitation. Pas étonnant que le disque import occupe la pool position dans la vie d’un collectionneur.

Le Disco n’y échappe pas.
 
28 août 2010
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